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Chronique de l’album Rosalita Subotica

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L’album Rosalita chroniqué par Orjan Dorphine !!!

 

Poésie, sensibilité, subtilité et pourtant puissance sont les maîtres mots. Les Subotica sont de retour, et ils nous embarquent dans un univers mature, fait de clair-obscurs mais pourtant illuminé de passion et d’innocence, les deux qualités dont le rock ne sait se départir sans se perdre.
Le morceau d’intro La Peau et l’éponyme Rosalita semblent résonner ensemble, formant un tryptique avec Le Détour, le second morceau (+ Le Fil). Il est ici question de vie, de mort, de paternité mais surtout de maternité, avec la sublime Rosalita, portée par un riff aussi puissant que mélodieux, qui allie sensibilité électrique / électrisante et efficacité indéniable au sein d’un texte d’une finesse rare, au service duquel se met cette musique définitivement sublime. L’auteur (semble) capture(r) à la perfection le tournis émotionnel impliqué par la maternité, l’expérience du don de la vie, et d’une certaine manière, nous fait sentir que le monde dans lequel nous vivons est en réalité le miroir parfait de nous-mêmes, prompt à se laisser séduire par la moindre de nos pensées. Et tout ça sans presque le dire. C’est fort. Très fort.
Et ils ne s’arrêtent pas là. Subotica a plus d’une corde à son arc. Le frénétique Grand Cirque balance la sauce en 3’33 », un joli chiffre pour un très bon morceau, qui lorgne, comme le reste de l’album, vers des territoires finalement pas si éloignés du post-hardcore. [Un titre puissant, qui a en juger par les réactions capturées des musiciens à la fin a probablement été enregistré d’une traite]. Qui a dit que le rock français (et bordelais) ne savait pas se renouveler ? Loin des nombreux ersatz de Noir Désir, Subotica enfonce avec Rosalita la pierre angulaire de son édifice en construction depuis déjà dix ans. Souhaitons-leur de continuer leur beau chemin, et que la route leur soit longue. [A noter que l’illustre et regretté Karim Aurabi, entre autres chanteur/guitariste de No Code et ange gardien de la ville de Bordeaux, approuve cet album.]
Les groupes français d’une manière générale, et plus particulièrement bordelais – probablement suite au succès de ceux qui firent briller le ciment sous les plaines – adorent les jeux de mots. Du coup, la plupart s’essaient à l’exercice, certains en mettent absolument partout, et d’autres encore s’en servent intelligemment. C’est heureusement à cette catégorie qu’appartient Subotica, et leurs lyrics sont un vrai délice. Des textes profonds, riches de plusieurs sens et donc ouverts à l’interprétation, voire à la méditation. Subotica prouve que le rock sait devenir adulte sans sacrifier sa part d’innocence et par conséquent se perdre.
Beaucoup de poésie, de sensibilité, mais aussi d’engagement (Louise Michel, par exemple). Le groupe livre une vision très intéressante du monde.
Quelques maladresses ne se cachent pas, notamment dans Martin Davy (→ A lier au quadriptyque), mais elles sont totalement assumées et apportent une touche de légèreté et de fraîcheur. Le morceau instrumental 6L6, son titre mystérieux et ses mix de batterie étranges voire hasardeux tire vers le post-rock le temps d’un petit interlude bizarrement cool qui assombrit le ciel de Martin Davy pour ouvrir la porte à Louise Michel, où il est question entre autres de manipulation médiatique et d’abrutissement de masse. Un texte sans concession, pourtant écrit avec de beaux mots, de superbes métaphores, et un lien génial et à première vue absurde avec La Peau, qui contribue à donner à l’album cette merveilleuse impression de continuité chaotique / unité chaotique.
Musicalement, rien à redire, les messieurs sont calés, carrés, en place, et certainement pas à court d’inventivité. Même si certains riffs se ressemblent, c’est justement pour mieux résonner entre eux, renforçant cette sensation de découvrir un nouvel univers au cœur du nôtre, le monde tel que le voit le poète, l’artiste. Depuis Baudelaire, il a appris à voler de ses propres ailes et ne se contente plus de marcher. Pourtant, la contre-alchimie qui eut raison du poète du XIXème siècle est toujours là, et Subotica semble parfois l’évoquer. (“Elle trouvera un pays où il y a tant de lumières, il y a tant de ciels bleus écrasés sur la mer. Rien n’a de sens, rien ne s’inverse ici”). La contre-alchimie étant l’influence négative que notre monde moderne dans tout ce qu’il a de plus physique peut avoir sur nous, les textes de Martin Davy, Louise Michel et Le Fil trouvent une nouvelle interprétation, ou un sens plus profond. Subotica se dresse contre ce gigantesque bordel absurde, ce “grand cirque vide de sens” en nous rappelant ce que beaucoup trop d’entre nous ont été amenés à oublier : nous sommes ici pour ressentir, rire, pleurer, hurler, sauter, vibrer (et faire des enfants, c’est quand même un album sur la maternité). A défaut de nous compacter le sens de la vie en un album – ce qui de toute façon ne sert à rien, puisque nous savons tous depuis H2G2 que c’est 42 – Subotica nous offre la définition de la vie, réussissant le pari du poète, apporter dans la réalité les vibrations pures du monde intelligible.
Leur album prend aux tripes, au cœur, mais s’adresse également à l’esprit, comme j’ai tenté de le démontrer dans cette chronique en forme de début d’exégèse – ou l’inverse. Je ne prétends bien sûr pas avoir compris tout leur album, ni avoir fait le tour de la question, et si ça se trouve, je me plante complètement, mais je reste convaincu que Rosalita est un excellent stimulant mental dont notre époque a le plus grand besoin.

 

Orjan Dorphine

 
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